MYTHOLOGIE DU MÉTISSAGE DE ROGER TOUMSON

MYTHOLOGIE DU MÉTISSAGE DE ROGER TOUMSON, PROF ET THÉORICIEN DES LITTÉRATURES FRANÇAISE ET FRANCOPHONE

NOTE DE LILYAN KESTELOOT
PARIS, ÉD. PRESSE UNIVERSITAIRE DE FRANCE.

Il n’est pas aisé, pour qui n’a pas une solide culture philosophique, de rendre compte du maître-livre du Professeur Roger Toumson de manière exhaustive. C’est un problème de références mais aussi de vocabulaire. Mais comme Toumson manipule par ailleurs avec autant de dextérité la psychanalyse, la critique littéraire et l’histoire très concrète des Amériques (Caraïbes comprises) on en saisit assez pour comprendre son projet et en mesurer l’envergure. Car ce n’est point en effet une simple analyse des formes illusoires et trompeuses, c’est-à-dire des mythes divers (au sens de Barthes) qui règnent à propos des sang-mêlés, qui nous est ici proposée. Mais une véritable somme sur la question.

Toumson nous promène d’abord au-dessus de cette nécropole planétaire où depuis Christophe Colomb, on a conquis les peuples en les exterminant ou en les baptisant. Où aujourd’hui on reconnaît enfin la légitimité de leurs différences, mais pour aussitôt les absorber dans la loi du libre-échange et dans la mondialisation. Autrement dit de Charybde en Scylla. Au passage, il élucide le mouvement de la Négritude et ce qu’il a signifié pour la reconnaissance de l’identité des Antilles et de l’Afrique ; puis celui de la créolité, avec le discours du métissage culturel dont le théoricien majeur est Édouard Glissant.

Après ces hors-d’œuvre, Toumson va traiter à fond ce qu’il appelle les paradigmes du métissage fondés sur cette histoire fondamentale et douloureuse de la traite et de trois cents ans d’esclavage. Le Code Noir qui fixe le statut du maître et de l’esclave. L’ordre colonial et ses interdits. Enfin la “création” du créole, langue, et aussi groupe social constitué de tout sujet né à la colonie mais qui perdra vite sa bivalence raciale pour ne plus désigner que les blancs créoles, évolution sémantique hautement significative de la distance qu’il importait de maintenir avec les anciens déportés devenus autochtones. C’est dans ce contexte que Toumson se livre à une spéculation sur l’histoire et les significations des mots métis et mulâtre du plus grand intérêt. Où il montre aussi comment ce concept s’enracine dans la transgression de l’interdit qui va marquer définitivement les fantasmes et les mythes qui en découlent.

Lorsqu’il aborde ce système de mythes qui constituent une mythologie, le professeur Toumson se soucie bien sûr de définitions et de classifications. Ses référents sont Northrop Frye, Barthes, mais aussi Freud et Éliade, sans oublier les plus littéraires que sont Brunel et Siganos.

Sortant d’abord de l’univers américain pour envisager les mythes grecs et hébreux “métis” (Œdipe, Ulysse et Caïn), il y retourne bientôt pour y rencontrer les métissages culturels et religieux des romans “baroques” de Carlos Fuentes, de Alejo Carpentier et de Stephen Alexis : La société coloniale esclavagiste est bien en ce sens une société baroque où se conjuguent prohibition et exhibition.
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