CONTRIBUTION À L’ÉTUDE DE L’APPORT LINGUISTIQUE DU PROFESSEUR CHEIKH ANTA DIOP. 1/2

CONTRIBUTION À L’ÉTUDE DE L’APPORT LINGUISTIQUE DU PROFESSEUR CHEIKH ANTA DIOP. 1/2
PAR HAROUNA BARRY, SOCIOLOGUE, CHERCHEUR.

PERSPECTIVES SOCIOLOGIQUES POUR UNE HISTOIRE DES IDÉES.

1. Le Destin bizarre de la question linguistique chez cheikh Anta DIOP :

Les recherches linguistiques ouvrent (1948 a et b) et ferment (1988, 228p.) l’œuvre féconde et fécondante du professeur DIOP. A propos de l’ouverture, ces recherches sont doublement inaugurales. En effet, elles commencent l’œuvre elle-même, en même temps, qu’elles fondent l’une de ses dimensions : La linguistique historique africaine. Dans le même temps et par le même acte, elles réorientent tout en la vulgarisant la recherche linguistique africaine.

Il n’est pas, ainsi, exagéré de soutenir que Monsieur le Professeur Cheikh Anta DIOP a mis en place les bases thématiques, méthodologiques, scientifiques et idéologiques d’une école africaine de linguistique comme en témoignent les résultats l’acquis et/ou conquis d’une part ; de l’autre, les nouvelles orientations de la recherche linguistique africaine et/ou africaniste.
Le savant Sénégalais écrivait lui-même, dans ce sens : “Les linguistes Africains ne tarderont pas à s’apercevoir que notre ouvrage parenté génétique de l’Egyptien pharaonique et des langes négro-africaines inaugure l’ère de la révolution linguistique africaine”. (Ch.A.Diop, 1978, TAXAW n°8 : 20)
Quant à la fermeture (dimension terminale si elle en est une !), elle exprime d’une part la présence permanente et centrale de la linguistique dans l’œuvre du prof. DIOP et de l’autre l’importance fondatrice dans celle-ci de celle-là.
En effet, la question linguistique n’a jamais disparu de la colossale œuvre du professeur Diop. A contrario, chemin faisant, elle a gagné en importance euristique, en maturité de traitement et en pertinence des résultats. Par exemple, alors que jusque-là, le Prof. DIOP ne traitait la question linguistique que dans des ouvrages et articles consacrés à d’autres thèmes ; en 1977 il y consacra un fort volumineux et savant ouvrage (1977,402p.)

Cet accroissement de l’espace paginal réservé à la langue et à la linguistique et aussi le glissement topologique de leur traitement dans un genre majeur et autrement plus sérieux (tout un ouvrage) témoignent de l’intérêt de plus en plus, de mieux en mieux grandissant et structurant du professeur Cheikh Anta pour ce qu’il appellera en 1977 “l’argument linguistique” et pour le rôle des langues vernaculaires dans la libération et la construction nationales et continentales.
Cette démarche et ces résultats corroborent ces deux dépositions respectivement du français Ferdinand de SAUSSURE et du congolais Théophile OBENGA. La première établit au sujet du rapprochement entre étrusques et latins que : “si l’on cherche ce qu’ils ont de commun dans l’espoir de les ramener à la même origine, on peut faire appel à tout ce que ces deux peuples ont laissé : monuments, rites religieux, institutions politiques etc…Mais on n’arrivera jamais à la certitude que donne immédiatement la langue”. La seconde déposition (celle de Prof. Théophile OBENGA) fait le commentaire suivant sur celle du linguiste français. “Depuis Ferdinand de SAUSSURE, il est acquis que pour relier deux ou plusieurs peuples culturellement, les preuves linguistiques sont les plus évidentes, les plus pertinentes” (1978 :65)

1.1. La double coupure épistémologique à l’œuvre chez le Professeur DIOP

Relativement à l’œuvre du Prof. DIOP, nous saurons l’existence de quelque chose comme une double coupure épistémologique en action, sans l’allure doctrinale signalée par le philosophe français Louis ALTHUSSER concernant sa propre œuvre (1974 :7-8).
La première coupure épistémologique peut être formellement située en 1967 avec la publication de Antériorité des civilisations nègres : mythe ou vérité historique ? (Paris, PA, 299p.). Elle fonctionne par rapport à toute l’œuvre. Elle partage l’œuvre en deux étapes. La première couvre l’espace temporel 1948-1967, tandis que la seconde s’étend de 1967 à 1986. Le professeur Diop a caractérisé, lui-même, la première étape de celle de “la critique négative des thèses de l’origine blanche ou extra-africaine de l’Égypte ancienne” et la seconde comme celle “des preuves positives étayant la thèse de l’origine nègre de l’Égypte ancienne” (1967 :7)
La seconde coupure épistémologique ne fonctionne que par rapport au traitement de la question linguistique, plus précisément de “l’argument linguistique”. Elle coupe l’œuvre du professeur DIOP, en ce qui la concerne, en deux phases restrictivement à “l’argument linguistique” et à sa mise à jour. La première phase (1948- 1977) voit la langue et la linguistique traitées soit comme sources auxiliaires de la recherche et de l’argument historiques, soit en tant que solution aux problèmes de la renaissance culturelle africaine et donc de la promotion des langues nationales aussi. La seconde phase (1977-1986) s’ouvre avec l’élaboration de “l’argument linguistique”.

L’étape fut consacrée au traitement systématique dudit argument et à sa maturation conceptuelle.
La langue et la linguistique, dès lors, ne continueront plus à être seulement utilisées comme sources auxiliaires de la recherche et de l’argument historique pour combler les lacunes des méthodes classiques de recherche. Elles serviront dorénavant par elles-mêmes au triomphe de la vérité historique et ceci, en tant que preuves positives de l’appartenance de l’Egypte ancienne au monde négro-africain, et aussi de la parenté génétique de l’Egyptien ancien, du Copte et des langues négro-africains modernes, enfin de la renaissance africaine.
Signalons, tout de même, qu’aucune des deux coupures épistémologiques n’implique aucune réorientation doctrinale, aucun changement d’objectifs majeurs. Les deux ont, en revanche, provoqué des réaménagements méthodologiques de l’argumentation et de l’argumentaire de Monsieur le Professeur Cheikh Anta DIOP.

1.2. La portée heuristique de la coupure épistémologique linguistique.

Aussi lisons-nous la présence permanente et centrale des recherches linguistiques dans l’œuvre du professeur DIOP comme une évolution en deux phases, en fonction et au sein desquelles la langue et la linguistique ont reçu des usages distincts, mais connexes et complémentaires.
La première phase s’étend, comme ci-dessus exprimé, indicativement de 1948 à 1977. Elle débute avec la publication de l’article “Étude linguistique Ouolove. Origine de la langue et de la race Wolof “ revue Présence Africaine, 1948 première partie, n°4, pp.672-684, seconde partie, n°5, pp, 849-853). Elle finit avec la parution de l’ouvrage Parente génétique de l’Egyptien pharaonique et des langues négro-africaines modernes (Dakar, 1977, NEA/IFAN, initiations et études Africaines n° 32, 462 p). Elle comporte deux sous-phases : 1948-1967 et 1967-1977.

La particularité de la phase réside dans le fait que la langue et la linguistique sont utilisées surtout comme sources auxiliaires de la recherche et de l’argument historiques ou comme solutions aux problèmes de la renaissance africaine et de la rénovation des langues africaine. Durant cette première sous-phase (1948-1967) la question linguistique n’est posée principalement que comme sources auxiliaires de la recherche historique et de l’argument linguistique ou comme moyen de la renaissance africaine et de la rénovation des langues nationales dans l’optique de “la critique négative des thèses sur l’origine blanche ou extra-africaine de l’Égypte ancienne”(Diop, 1967 :7).
La seconde sous-phase (1967-1977) débute sans l’achever le temps des “preuves positives étayant la thèse de l’origine nègre de l’Égypte” (Op. Cit, ibid).

Dans cette phase, comme dans la première, la langue et la linguistique furent utilisées principalement comme sources auxiliaires et “solution des problèmes pratiques qu’il faudra résoudre pour qu’une culture nationale africaine existe : multiplicité des langues, manque de vocabulaire technique, scientifique et philosophique dans celles-ci, méconnaissance de leur grammaire inexistence d’œuvres écrites en langues africaines”. (Diop, 1960 : 9).

Au total, l’existence de deux phases (1948-1967 et 1967-1977) dans cette première étape de l’œuvre du Prof. Diop n’a pas changé le traitement fait de la question linguistique. Le défunt savant sénégalais déclarait, lui-même dans ce sens dans « Nations nègres et culture, nous avons rapporté exprès, un ensemble de faits grammaticaux les uns quasi certains, les autres probables ou simplement possibles. Nous étions, en effet, conscient que la recherche était à peine commencée et qu’il fallait reconnaitre le terrain et signaler à l’attention des futurs chercheurs africains tout ce qui méritait de l’être. Certains critiques feignent de méconnaître cette attitude »(1967 :43).

Deux linguistes, parmi d’autres, ont particulièrement compris cette attitude selon nous et en ont tiré des enseignements fort instructifs. En effet Cheikh Tidiane N’DIAYE a noté que “en tant que linguiste comparatiste amateur pour compléter sa formation d’histoire, il (Cheihk Anta aj. p ns) a d’abord utilisé la linguistique comparative pour étayer sa thèse historique”. Pour ce faire, Cheikh Tidiane N’DIAYE estime que Cheikh Anta DIOP aurait élaboré une méthode d’investigation “qui consiste à ‘utiliser l’anthroponymie comparative, la toponymie comparative le vocabulaire comparé et la grammaire comparée” (1987-77). Quant à Aram fal Joob, elle a retenu que l’utilisation que Cheikh Anta DIOP a fait de la langue et de la linguistique pendant cette phase visait à bâtir les bases linguistiques et culturelles de la renaissance africaine (1996 :11).

La seconde étape de l’évolution du traitement de la question linguistique par Cheikh Anta couvre l’espace historique 1977-1986. Elle est la conséquence directe et structurante de la coupure épistémologique linguistique que la publication de Parenté génétique de l’Egyptien Pharaonique et des langues négro-africains modernes a entrainée. En effet, dans l’Avant-propos de ce livre inaugural, le Professeur DIOP a révèle que ce livre est une retombée du colloque du Caire sur l’origine des anciens Egyptiens organisé par l’UNESCO en 1974. Il fallait alors mettre à jour l’argument linguistique. (1977-IV), a-t-il estimé.
De ceci, on infère que si Parenté génétique linguistique a été publiée en 1977, “l’argument linguistique”, lui, a commencé à être mis à jour à partir du Colloque du Caire. Le Secondo, de Nations nègres et culture à Parenté génétique linguistique… il y a un long processus dont le terme, fut la mise à jour de “l’argument linguistique”. C’est pourquoi, nous estimons après et avec le professeur DIOP, que Parenté génétique linguistique inaugure “l’ère de la révolution linguistique africaine” (1978 :)) au double sens où elle fonde la linguistique diachronique africaine et/où elle provoque la seconde coupure épistémologique de / dans l’œuvre de Cheikh Anta.

Cette étape nous parait ainsi celle de l’élaboration, de la vérification et de l’élargissement de “l’argument linguistique” par DIOP, ses disciples et les “savants de bonne foi” (1). En cela réside sa ligne de démarcation avec la première étape (1948-1977). En outre, du point de vue stylométrique, les travaux linguistiques de la première étape étaient principalement insérés dans des publications (articles et livres) consacrés à d’autres sujet hormis deux (1948 a et b et 1975 : 154-233). En revanche, pendant la seconde étape, tout en continuant ses démonstrations linguistiques insérées dans des publications consacrées à d’autres thème 2, le professeur Cheikh Anta DIOP élargira l’espace paginal traitant de la langue et de la linguistique. Des publications (livres et articles) leur ont été exclusivement consacrées.

En tout état de cause, le traitement de la question linguistique gagna, à partir de 1977, tant en extension qu’en profondeur. Cheick Tidiane N’DIAYE, qui avait parlé de Cheikh Anta DIOP “linguiste comparatiste amateur” qualifia Parenté génétique linguistique…de “travail de linguiste expérimenté” (1987 : 76). Aram Faal JOOB dira que les observations critiques de Théophile OBENGA “sont antérieures à la publication de Parenté génétique… ” (1996 : 12).
Enfin, Théophile OBENGA a, quant à lui, soutenu qu’effectivement “l’Egyptien ancien, le copte et les autres langues négro-africaines sont génétiquement apparenté “ en 1977 par Cheikh Anta DIOP (1988 : 7).
En somme, l’apport fondateur de la seconde étape fut, on le voit, l’introduction de la dimension historique diachronique dans la linguistique Africaine. Cet apport est extraordinairement structurant : Parenté génétique linguistique et culturelle, découverte d’une famille linguistique négro-africaine, possibilité de constitution des humanités négro-africaines etc… On peut ajouter à ces acquis bien d’autres comme l’argument linguistique comme preuve positive de la thèse de l’Egypte nègre, les décisifs travaux d’enracinement des sciences et techniques dans les langues négro-africaines modernes, notamment le walaf, et le caractère permanent et central de la question linguistique dans l’œuvre du Prof DIOP.

1.3. Une mine Inépuisable et Inexploitée :

Nonobstant l’apport linguistique du fondateur et Directeur du laboratoire de Carbone 14 de l’IFAN, du parrain de l’Université de Dakar est peu ou pas connu, peu ou pas sérieusement exploité par les chercheurs, les militants et décideurs politiques Africains.
Comme entre autres explications de cet état, nous pouvons invoquer le fait que l’érudition occidentale avait enfermé les études cheikh-antanéennes dans le prisme partiel, parcellaire et partial de l’égyptologie. Nulle surprise en cela. Là résidait son point d’irritation incandescente. Par ailleurs, nos “maîtres occidentaux” comme “nos ancêtres, les gaulois” nous ont éduqués dans le mépris de soi. S’y ajoutent la spécificité des thèmes abordés par Cheikh, la hardiesse et la non-évidence de ses thèses et positions. Enfin, Cheikh Anta a été longtemps victime du discrédit tissé par de grands professeurs et chercheurs occidentaux, de la conspiration du silence de la communauté scientifique, de l’ostracisme, de l’agrégé de grammaire et académicien Léopold Sédar SENGHOR, et de l’incompréhension des patriotes africains.
Mais à présent le voile se lève et les légataires s’emparent de leur patrimoine progressivement, fermement et heureusement et avec objectivité.

II. La présentation résumée de l’apport linguistique du professeur Cheikh Anta DIOP

Or présentant et/ou résumant lui-même ses travaux linguistiques, le Professeur DIOP a écrit de manière saisissante que : “Nous ne sommes pas arrêtés dans l’étude du passé rendant, possible une véritable science linguistique africaine par l’introduction de la dimension historique dans celle-ci… nous avons également contribué à créer une véritable langue scientifique africaine (en walaf par exemple). C’est cet effort tourné vers l’avenir qui fait peur” (1978 : 23-26).

Ainsi après et au-delà des remarques liminaires sur le destin bizarre de l’apport linguistique du Prof Cheikh Anta, allons-nous nous intéresser audit apport selon les trois axes définis celui du “passé” ou la diachronique historique et celui présent ou la dimension de la linguistique appliquée. Enfin, pour “l’avenir” ; nous ferons quelques développements sur la constitution de l’école de linguistique africaine.
Dans ce cadre, il ne sera pas indifférent d’interroger le rôle des langues négro-africaines modernes dans l’enracinement des sciences et techniques et dans la consolidation de la démocratie en Afrique et aussi d’esquisser la place desdites langues dans l’édification d’un État fédéral africain.

2.1. L’étude du passé ou la dimension diachronique

Dans l’étude du passé, l’apport de Cheikh Anta peut être cerné dans des domaines comme l’introduction de la dimension historique à travers la parenté génétique linguistique entre l’Egyptien Pharaonique et le langue négro-africaines modernes (1977 et 1988), le déchiffrement du méroïtique (1978,137p) la constitution d’un fonds prèdialectal (1977 :163-384), l’établissement des lois de passage de certaines langues négro-africaines à d’autres et partant l’unité linguistique du négro-africain, la mise à jour de l’argument linguistique, l’explication du processus de redialectalisation, l’utilisation de la langue et de la linguistique comme sources auxiliaires de la recherche historique africaine, la démonstration d’emprunts importants des langues indo-européennes et de l’arabe à l’Égyptien pharaonique etc.
En guise de raccourci illustratif, rappelons brièvement les résultats conquis et ou acquis par la recherche africaine, voire africaniste à l’issue du Colloque du Caire (28 janvier- 03 février 1974) 4. Ailleurs la revue ANKH (1994, n°3 juin 1994 pp, 9.21) et nous -même (CAHIERS du CAEC, n°4, pp-13-19) avons dégagé les acquis scientifiques et les bénéfices politiques dudit Colloque lors de son vingtième anniversaire.

Sur le plan scientifique, le Colloque était suffisamment représentatif. Cheikh Anta, qui avait demandé sa tenue a écrit à ce propos : “je n’hésiterai pas à dire que le grand débat scientifique du dernier demi-siècle en linguistique et en histoire a eu lieu dans le cadre du Colloque du Caire du 28 janvier au 03 février 1994, sous l’école de l’UNESCO sur note demande. On a, déjà, dit que l’on peut répéter la réunion du Caire mais que l’on ne pourra pas réunir un aéropage de savants plus compétents que ceux qui ceux ont représenté les différents pays la France, les Etats-Unis, l’Allemagne Fédérale ; l’Égypte, le Canada, la Suède, la Finlande etc.
Le Colloque traitait du double thème : le peuplement de l’Egypte ancienne et le déchiffrement du méroïtique. Son rapporteur général était l’égyptologue français le Professeur Jean DEVISSE de l’Université I en personne. Celui-ci, on le sait, était un des principaux contradicteurs du savant sénégalais. Il eut depuis le Caire, le temps de devenir un de ses épigones, en “savant de Bonne foi” 5.

A côte de certains résultats conquis et acquis du Colloque, cet épisode parait un fait divers. En effet, qu’il suffise dans ce sens de rappeler quatre résultats du Caire parmi d’autres. Concernant tout d’abord le peuplement de l’Egypte ancienne, on peut lire à la page 85 du Rapport le constat suivant : “Pour terminer, il (Cheikh Anta) a présenté deux remarques, l’une relative à l’emploi du mot négroïde, considéré comme inutile et péjoratif, et l’autre à l’argumentation qui lui était opposée et qu’il estimait négative, insuffisamment critique et non-fondée sur les faits. La thèse du professeur DIOP a été refusée globalement par un seul participant.”

En ce qui concerne la parenté génétique linguistique entre l’Égyptien ancien et des langues négro-africaines, “le Professeur SAUNERON a souligné l’intérêt de la méthode proposée par le professeur OBENGA après le professeur DIOP..”. Il ajouta que “l’Egypte étant placée au point de convergence des influences extérieurs, il était normal que les emprunts aient été faits a des langues étrangères, mais il s’agissait de quelques centaines de racines sémitiques par rapport à plusieurs milliers de mots. L’Egyptien ne pouvait pas être isolé de son contexte africain et sémitique, ne rendait pas de sa naissance ; il était donc légitime de lui trouver des parents ou des cousins en Afrique”(P100).

S’agissant ensuite de la culture égyptienne, il est écrit dans le Rapport que “le Professeur LECLANT a insisté sur le caractère africain de la civilisation égyptienne” (p-80) ; que le professeur VERCOUTTER a déclaré que pour lui ; “l’Égypte était africain dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser” (p.87) et que “le professeur LECLANT a reconnu ce même caractère africain dans le tempérament et la manière de penser des Égyptiens”. (ibid)
Enfin, pour ce qui le déchiffrement de l’écriture méroïtique, le Rapport nous apprend que “le Professeur DIOP a proposé, l’instar de l’équipe de Leningrad dans le cadre du déchiffrement partiel des hiéroglyphes maya, l’utilisation de l’ordinateur” (p. 100). Le Professeur a “néanmoins émis le vœu qu’on ne renonçât pas à utiliser les méthodes de comparatisme…”. Le Professeur l’ECLANT s’est “rallié à cette procédure investigatrice et opérationnelle”. (p.124).

C’est donc, logiquement que le Professeur Jean DEVISSE l’ancien contradicteur devenu entretemps “savant de bonne foi”, conclut ainsi son rapport pour l’UNESCO : “la très minutieuse préparation des communications, des professeurs Cheikh Anta DIOP et OBENGA n’a pas eu malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’UNESCO (voir Annexe 3) une contrepartie toujours égale. Il s’en est suivi un réel déséquilibre dans les discussions. ” (p.101).

Le Professeur SAUNERON, aussi, n’a pas manqué de logique. En effet, après avoir marqué son intérêt pour la méthode utilisée par les professeurs DIOP et OBENGA, il a “souhaité qu’un effort soit fait pour reconstituer une langue paléoafricaine à partir des langues actuelles”. (Rapport du Colloque, p.100). Ce souhait était si logique, qu’il était et continue à être pris en charge par l’école de linguistique africaine. Par exemple, Cheikh Anta a mis à jour “l’argument linguistique” dans Parenté génétique linguistique…en 1977. En 1988 fut publié son livre posthume Nouvelles recherches sur l’Egyptien ancien et les langues négro-africaines modernes (Paris, Présence Africaine, 221p). OBENGA, de son côté, avait déjà publié l’Afrique dans l’Antiquité (Paris, Présence Africaine, 464p), dans lequel les chapitres VIII, IX et X traitaient respectivement du Négro-africain (pp.221-331), du système opératoire négro-africain (pp.333-353) et des systèmes graphiques africains (pp.355-448). Il a aussi commis l’important livre Origine comme de l’Égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes. Introduction à la linguistique historique africaine. (Paris, l’Harmattan, 1993). Il continue avec les disciples toujours plus nombreux à faire fructueusement “le gardien du temple” (voir troisième et quatrième parties du présent article).

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