REMARQUABLE OUVRAGE SUR LES TRÉSORS DES ROIS QUI PRÉSENTE UNE SYNTHÈSE RENOUVELÉE DES ARTS PLASTIQUES DE L’OUEST ET NORD-OUEST DU CAMEROUN

ROIS ET SCULPTEURS DE L’OUEST CAMEROUN. LA PENTHÈRE ET LA MYGALE.
DE LOUIS PERROIS ANTHROPOLOGUE ET JEAN-PAUL NOTUÉ HISTORIEN ET ANTHROPOLOGUE.

REMARQUABLE OUVRAGE SUR LES TRÉSORS DES ROIS QUI PRÉSENTE UNE SYNTHÈSE RENOUVELÉE DES ARTS PLASTIQUES DE L’OUEST ET NORD-OUEST DU CAMEROUN.
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- PREMIÈRE PARTIE : SOCIÉTÉS SECRÈTES ET ARTS PLASTIQUES CHEZ LES BAMILÉKE.́
- DEUXIÈME PARTIE : TRADITIONS HISTORIQUES ET SCULPTURE ROYALE DANS LE NORD-OUEST DU CAMEROUN.
PRÉFACE DE : Cl. Tardits, Président honoraire de l’École Pratique des Hautes Etudes, Paris

C’est en 1889 qu’un Européen, l’explorateur allemand Zintgraff, parti des forêts de la côte camerounaise, pénètre dans les massifs montagneux qui, en arc de cercle, s’étendent du plateau de I’Adamawa au mont Cameroun ; de part et d’autre d’une ligne de crête qui dépasse parfois les 2 500 mètres se superposent des plateaux ondulés. Dans ces hautes terres, les nuits sont frakhes,. l’eau abonde et des herbes vertes recouvrent les pentes : c’est la "terre de la prairie". Ce nom donné à la région par les Allemands sera conservé par les Anglais.

Dans les années qui suivent le voyage de Zintgraff, les Allemands occupent et découvrent progressivementle pays. Les populations y sont réparties entre quelques centaines de petits royaumes,, ce que l’on appelle parfois aujourd’hui des micro-Etats, voire des Etats-villages. L’architecture les surprend par la part qui y est faite au décor. Des dons des souverains rencontrés, des achats faits pour les musées allemands font connaitre à la fin du 19è siècle et au début du nôtre les œuvres des céramistes, des sculpteurs et des fondeurs de la "prairie". Des objets de curiosité ? Des objets d’intérêt ethnographique ? Des réponses sont rapidement données à ces questions. Les expressionnistes du groupe "die Brücke" découvrent, en 1903, les collections présentées à Dresde ; en 1912, à Munich, des pièces africaines sont présentées dans l’almanach "die blau Reiter". Les réactions des artistes en Allemagne ont des effets comparables à celles des peintres cubistes en France ; c’est une reconnaissance de l’art africain.

Un extrait d’un texte de Carl Einstein africain - La sculpture africaine - publié en 1922, vaut d’être cité : "Si l’on veut apprendre à connaitre l’art africain dans son entière pureté, c’est l’art du Cameroun qu’il faut étudier. Cet art, en effet, a délibérément renoncé à tous les raffinements du Bénin, qui ont un arrière-goût d’importation étrangère, pour revenir aux formes grandes et simples".

Rien ne permet d’écrire que les artistes de la montagne aient, à un quelconque moment de l’histoire, renoncé aux modelés du Bénin, mais il y a une convergence, pendant quelques années, des réactions aux œuvres produites dans "la terre de la prairie’’ : on souligne leur réalisme brutal, leur rudesse, mais on relève en même temps la présence de formes qui expriment le mouvement et la force.

Dans les années qui suivent la première et la seconde guerres, les musées européens, américains, voire japonais, les collectionneurs privés acquièrent de nombreuses œuvres provenant des montagnes camerounaises. Leurs qualités sont l’objet d’une reconnaissance générale. L’exposition "Afrique. Cent tribus, cenf chefs-d’œuvre’’ — organisée à Paris en 1964 — présente des objets provenants de cinq royaumes montagnards. Dans les années soixante-dix, les expositions consacrées à l’art royal de la montagne se multiplient aux États-Unis.

L’ouvrage du Dr. Pierre Hurter "Arts anciens du Cameroun", fruit d’années de recherches, est publié en 1986. II suscite chez beaucoup de ses lecteurs un grand intérêt pour la richesse thématique et la puissance des formes des productions artistiques présentées.
L’ouvrage de Louis Perrois et Jean-Paul Notué "Rois et sculpteurs de l’Ouest Cameroun" va élargir ce que l’on peut appeler la saisie de cet art. II répond à des demandes formulées depuis des décennies rappelant que les approches formelles doivent être complétées par des informations permettant de situer les œuvres d’art dans leur contexte social et historique, de comprendre les significations qu’elles ont pour leurs destinataires. En 1971, Robert Brain et Adam Pollock publiaient un ouvrage "Bangwa funerary sculpture" qui répondait déjà, sur une seule société de l’Ouest, à cette demande si souvent formulée.

N’oublions pas que l’Européen parcourant un musée italien identifie immédiatement, par sa formation ou le jeu des conversations familiales, les thèmes présentés dans la peinture du Quattrocento. II peut, par plaisir, les comparer, commenter la diversité des expressions. En face, que signifie l’oiseau qui décore une pipe africaine pour I’étranger qui la regarde ?

Perrois et Notué décrivent dans leur ouvrage, pour chacune des régions qu’ils distinguent, les institutions abritant les destinataires des productions des ateliers locaux : le décor du palais réservé au souverain, les trônes et les tabourets qui montrent les représentations que l’on se fait de sa personne, les masques destinés aux sociétés secrètes, les statuettes qui permettront à la population de se protéger contre les malheurs.

Les auteurs soulignent l’importance de la notion de "gung" qui connote précisément la notion de micro-État dont il a été fait mention. Ces micro-États se sont constitués en effet au cours d’une histoire qu’on ne peut reconstruire que pendant quelques siècles mais qui en fait s’étend sur des millénaires et a abouti à la formation de communautés politiques où langues et coutumes se sont uniformisées. La notion d’art "tribal" est une fois de plus pertinemment écartee. Les auteurs ont distingué des "centres de style".

L’importance de la notion de "" — de force —, que l’on retrouve dans toute la montagne, est soulignée. Elle permet de saisir les fonctions que remplissent bien des œuvres.

Les difficultés qu’ont rencontrées à notre époque les deux spécialistes, lorsqu’ils souhaitaient observer le fonctionnement de sociétés secrètes en activité, sont indiquées. Jean-Paul Notué est originaire du royaume de Bandjoun : évoquer ces difficultés est la marque de beaucoup d’honnêteté. Toutefois, de telles situations révèlent aussi le dynamisme de sociétés qui, tout en conservant des institutions dont le fonctionnement est fondé sur des croyances très anciennes, spnt devenues les plus entreprenantesdu Cameroun. Or, ici comme souvent ailleurs, croyances et art sont liés. Citons ce court extrait de 1’ouvrage : "L’art du Grassland dans son foisonnement étonnant est le reflet visuel du dynamisme social des peuples du Cameroun de l’Ouest".

Cette coopération entre deux ethnologues, l’un spécialiste des sociétés de la montagne camerounaise, l’autre des arts africains, a permis de présenter une œuvre qui fera date et pourra servir de modèle. Si un auteur comme Hurter nous aide à aimer l’art de la montagne, Perrois et Notué nous permettentde le mieux comprendre.

© Éditions, Karthala-Orstom, Paris, 1997.

« ROIS ET SCULPTEURS DE L’OUEST CAMEROUN. LA PENTHÈRE ET LA MYGALE ».

L’art sculptural de l’Ouest Cameroun constitue un véritable langage en images, souvent même exprimé en séquences pictographiques qui, telles des bandes dessinées, courent sur les encadrements de portes et autres piliers de cases rituelles, sur les rebords des trônes et des calebasses perlées. Au Grassland plus qu’ailleurs en raison de ses liens étroits avec l’exercice du pouvoir, l’art est un moyen d’expression privilégié. C’est un « marqueur » non seulement des cultures de ces communautés des hautes terres, mais aussi de leur organisation sociale, politique, économique et religieuse, partant un outil culturel qui permet aux hommes d’agir sur leur propre milieu.
C’est dans une perspective plurielle, combinaison d’histoire, d’ethnographie et d’analyse stylistique, où les objets liés aux rites, de prestige ou plus quotidiens, sont tous « chargés » de sens mais aussi de formes caractéristiques identifiées, tous porteurs de mémoire dans les « trésors » des rois, que se présente cette synthèse renouvelée des arts plastiques de l’Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun. Elle est le fruit de plus de dix années de prospections de terrain dans les royaumes et chefferies du Grassland, d’innombrables entretiens avec les détenteurs de la tradition, et d’une analyse systématique de séries d’œuvres in situ et dans les collections occidentales.

JEAN-PAUL NOTUÉ,
Né en 1954 à Bandjoun (Cameroun), docteur en histoire africaine de I’université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne, maître de recherche et de cours à I’université de Yaoundé, est historien et anthropologue. Participant aux recherchesd’anthropologie culturelle et historique de I’Orstom au Cameroun depuis 1981, il s’estconsacré a ̀l’étude des « trésors » des rois et notables de l’Ouest Cameroun. II a soutenu une thèse remarquée à propos de la symbolique des arts bamiléké (1988) et publié plusieurs articles et catalogues d’expositions internationales traitant des cultures et objets du Grassland.

LOUIS PERROIS,
Né en 1942, directeur de recherche à I’Orstom (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération) est ethnologue. Ayant séjourné une vingtaine d’années au Gabon puis au Cameroun depuis 1965, il s’est spécialisé en anthropologie de l’art africain.
II a dirigé quelques années le musée de Libreville, organisé de nombreuses expositions et publié une dizaine d’ouvrages à propos des cultures, des rites et des objets de l’Afrique équatoriale atlantique, du bassin de l’Ogooué au Grassland.

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