LE FA, UNE GÉOMANCIE DIVINATOIRE DU GOLFE DU...

LE FA, UNE GÉOMANCIE DIVINATOIRE DU GOLFE DU BÉNIN (PRATIQUE ET TEHNIQUE) DE REMY T. HOUNWANOU.

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ÉD. LES NOUVELLES ÉDITIONS AFRICAINES, 1984.

ANALYSE SCIENTIFIQUE, HISTORIQUE ET MYSTIQUE DE WHENDO MA BOU.

Le but que nous nous sommes proposés en faisant les recherches et études ci-dessous, est de réhabiliter une science qui a fait, jadis, la gloire et l’honneur de nos ancêtres, de la défétichiser afin de lui rendre la place qui lui est due parmi les sciences humaines de notre temps. Ainsi nous la rendrons accessible à notre jeunesse intellectuelle qu’elle rebute par méconnaissance. En effet, comme toutes les sciences de notre civilisation q ut se poursuivent, le Fa mérite d’être étudié, compris avant d’être jugé. De toute évidence, il a concouru et concourt encore à la survie de l’espèce humaine au même titre que toutes les autres sciences, puisqu’elle est issue de la même source que celles-ci. Science d’origine étrangère, la Géomancie a trouvé en terre béninoise, un terrain fertile qui a permis à cet arbre de porter ses meilleurs fruits. Notre peuple, malgré l’absence d’écriture, a su donner à la Géomancie tout ce qui pouvait lui manquer ailleurs, tout en la débarrassant de tout ce qui paraissait encombrant, voire superflu. Ainsi élaguée, greffée et réadaptée à son nouveau milieu, cette science, revivifiée, est devenue une source intarissable où notre, peuple puise sans cesse l’inspiration nécessaire à son génie créateur. Enfant d’adoption, le Fa s’y enracine, si bien qu’aux yeux de l’étranger, il parait originaire du pays.

Qui connaît le Dahomey d’antan, ne peut nier la puissance de ses rois. L’organisation étatique de notre pays, ses structures politiques, socio-culturelles, son administration, tout cela a fait que l’envahisseur y a trouvé qu’il lui était malaisé, plus qu’ailleurs, d’y réaliser son dessein. L’intelligence dont fait constamment preuve notre peuple dans maints domaines n’a pas manqué d’étonner le monde. Cela nous a valu l’envoi, ici, des expéditions sur expéditions, afin d’étudier sur place, chez nous, nos mœurs, nos coutumes, en un mot nos forces morales, source de notre intelligence. Plusieurs ouvrages ont été consacrés à ce sujet. Or, arrivé chez nous, la première curiosité qui frappe l’étranger, qu’il soit laïc ou croyant, c’est le développement occulte de notre peuple et le rôle considérable que joue la géomancie dans notre vie quotidienne. L’influence des Bokonons dans nos cours royales est incontestable. Très vénéré, presque déifié, le Bokonon est le conseiller personnel du roi et l’un des plus hauts personnages de sa cour. Le roi se réfère à lui pour toutes les décisions pouvant engager la vie du royaume. Ses avis sont écoutés et suivis. Rien ne se fait à la légère sans consultation préalable du Fa.

Cet état de choses s’étend à toutes les couches de base du pays. Il ne faut pas nommer un chef sans consulter le Fa. S’agit-il d’un mariage ? Il faut nécessairement que le Fa se prononce sur la nature bénéfique ou maléfique de cette union ; et en dernier ressort, c’est son avis qui est écouté et suivi. Pour un enfant, depuis la grossesse jusqu’à la naissance, sa vie est annoncée et orientée par le Fa qui prédit son destin, et indique s’il y a lieu, les sacrifices "vôssissas et adras" à consentir. Nul ne peut donc nier l’influence considérable de la géomancie dans nos mœurs et coutumes, et l’on peut même affirmer sans risque de se tromper que le Fa régit en général tout dans notre pays. Il est à la base de tout. La prédominance du Fa dans les mœurs a incité les adversaires les plus puissants, notamment les missionnaires, à lui livrer une guerre sans merci. Sans chercher à le connaître, et parce que leur but était de désorganiser notre peuple pour asseoir et répandre la foi chrétienne, le meilleur moyen consistait à l’attaquer par son génie d’où il tire ses forces. Si le Fa résiste encore à ses adversaires, il n’en demeure pas moins que les puissants coups que lui ont assenés ceux-ci ont fini par le marquer.

C’est ainsi que, de nos jours, relégué au rang de la magie noire, il est dénaturé et délaissé par une grande majorité de ce peuple, surtout par son intelligentsia qui éprouve désormais une honte à le pratiquer. Tombé en disgrâce par manque d’un corps de doctrine transmis par un collège de prêtres-devins hiérarchisés et contrôlés, le Fa est maintenant pratiqué par une légion de charlatans inconscients qui sillonnent nos villes, trouvant en cela un moyen facile d’enrichissement. Les quelques vrais Bokonons fortement pénétrés de cette culture, sont de rares personnes âgées qui habitent nos campagnes et dont l’accès quelquefois demeure difficile. Aussi, est-il à craindre qu’avec la mort de celles-ci, ne disparaisse l’essentiel du Fa.
Il revient donc à notre élite intellectuelle de tout faire pour sauver notre peuple du dangereux oubli que constitue pour lui la perte d’un patrimoine aussi immense et dont il tire son essence, voire son génie. Malheureusement, jusqu’à présent, rien ne semble être envisagé ni entrepris dans ce domaine qui puisse donner de l’espoir. Les quelques rares auteurs africains, entre autres béninois qui ont tenté de se pencher sur ce problème, l’ont abordé timidement et parfois mal.

Que ce soit Julien ALAPINI, dans son livre Les noix SACRÉES ou Germain de SOUZA, dans ses écrits, sur la géomancie et tant d’autres, ils ont presque fait une approche insuffisante du problème. Car au lieu de commencer l’étude de la géomancie depuis ses origines (historique, mystique, ésotérique et religieuse), remonter à la source et voir le chemin parcouru, les péripéties rencontrées qui lui ont valu mille métamorphoses avant d’être aujourd’hui ce qu’elle est, ces derniers se sont contentés de la prendre telle qu’ils l’ont vue et connue, sans trop chercher à savoir ce qu’elle était et d’où elle émanait. C’est précisément cette lacune que nous nous proposons de combler dans le présent ouvrage. Remonter à l’ésotérisme du Fa, aller du signe à la chose signifiée, approfondir l’idée contenue dans les symboles, tant du point de vue ésotérique, mystique que religieux.

Comparer ce que nous avons avec ce que possèdent les autres, afin de faire des déductions solides et une analyse scientifique. S’efforce.r d’aller à la genèse du monde, c’est aller vers Dieu par la connaissance. C’est par ce seul moyen que nous pourrons découvrir le vrai visage de cette science qu’est le Fa, et la suivre à travers ses différentes évolutions. Certes, cet ouvrage, contient beaucoup de lacunes et des erreurs sont possibles. Que nos lecteurs nous en excusent ! Les critiques, suggestions et conseils seront les bienvenus, car c’est une œuvre commune et nous en tiendrons compte dans les éditions futures. Notre objectif majeur, à présent, est celui de pouvoir saisir notre élite intellectuelle et d’ouvrir le débat sur ce problème urgent, mais combien passionnant. Tout faire pour sauver, conserver et rénover avant qu’il ne soit trop tard, ce patrimoine que nous ont légué nos ancêtres. …

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